e conseil européen à peine achevé, Jacques Chirac et Tony Blair ont cherché, au cours de deux conférences de presse séparées, à se renvoyer la responsabilité du naufrage budgétaire. "Je déplore que le Royaume-Uni se soit refusé à apporter une part raisonnable et équitable aux dépenses de l'élargissement" , a lancé le président français. C'est l'intransigeance britannique, a ajouté M. Chirac qui a conduit "quelques autres pays à la surenchère" . Et de fustiger "l'égoïsme affiché par deux à trois pays" . Un peu plus tôt, M. Blair avait affirmé : "L'Europe n'est pas la priorité d'un seul, mais de nous tous." Il s'était moqué, dans une allusion à M. Chirac, de "ceux qui ont dit autour de la table que la politique agricole était une politique moderne" .
| ||||
Ses qualités de stratège aussi ont été mises à mal. Ainsi a-t-il été surpris du ton peu aimable des commentaires de M. Blair après leur dernier entretien à l'Elysée, mardi 14 juin, alors que celui-ci lui avait paru "cordial et chaleureux" . Pendant la campagne du référendum, il a longtemps voulu se rassurer en pensant que M. Blair ne pourrait éviter d'organiser une consultation. Aujourd'hui, elle est reportée sine die.
CONCEPTIONS DIVERGENTES
C'est pourtant dans le domaine international que M. Chirac avait marqué des points depuis sa réélection en 2002. Avec constance, les sondeurs le créditent d'une forte cote de confiance sur le terrain diplomatique, un pic ayant été atteint pendant la guerre d'Irak. Ce nouvel échec sur le terrain européen risque d'affecter sa crédibilité sur la scène mondiale et, par ricochets, de l'affaiblir encore davantage sur la scène intérieure.
Dès le mois de mars, M. Chirac avait repris ses attaques, entamées dès 2002, contre le chèque britannique, en expliquant que celui-ci était "inacceptable" . Ces appels ont rencontré un certain succès, puisque vingt-quatre capitales réclamaient la mise en cause du "chèque britannique" . Forts de ces soutiens, les Français ont poursuivi leur offensive au cours du sommet, en laissant entendre dans l'après-midi qu'ils pourraient bouger, afin d'obliger les Britanniques à transiger.
Mais depuis quelques jours, M. Blair avait choisi de contre-attaquer sur la Politique agricole commune, dont la France est la principale bénéficiaire : "Le rabais existe du fait des distorsions qui persistent au niveau des dépenses de l'Union" , répétait-il. Face à un Jacques Chirac affaibli par le non français au référendum, M. Blair, qui vient d'obtenir un troisième mandat, a réussi à placer son rival sous pression durant toute la durée du Conseil, alors que les dépenses de la PAC sont en principe sanctuarisées jusqu'en 2013.
Derrière l'opposition entre les deux hommes pointent des conceptions divergentes de la construction européenne, et des leçons à tirer de la crise actuelle. "Ce n'est pas une question de relations personnelles mais de visions différentes" , a constaté M. Blair. Il s'est appuyé sur le rejet de la Constitution en France et aux Pays-Bas pour réclamer une refonte des politiques européennes. "Le non au référendum ne peut pas être ignoré" , a lancé M. Blair, pour justifier la mise en cause de la PAC au profit de la recherche et de l'éducation. "Il est temps de mener les réformes dont l'Europe a besoin" , a asséné M. Blair. A ses yeux, un compromis sur le budget aurait témoigné d'un progrès pour l'"Europe politique" , un an après l'élargissement. "L'essentiel n'est pas de savoir qui est le plus solidaire, mais de quelle solidarité l'on parle, ce n'est pas nécessairement celle d'il y a cinquante ans" , a-t-il poursuivi.
"Il y a eu un affrontement sur deux conceptions de l'Europe : ceux qui veulent le grand marché et rien d'autre (...) et ceux qui veulent une Europe politique intégrée" , a estimé le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker : "je pressentais depuis toujours que ce débat éclaterait un jour" , a-t-il dit. Minoritaire sur le budget, M. Blair sait que sa démarche et les performances économiques du Royaume-Uni, sont citées en exemple par une partie des Etats membres, en particulier parmi les pays de l'élargissement, ce qui n'est le cas du "modèle social" défendu par M. Chirac.
Salué par M. Juncker, le président français a également reçu l'appui du chancelier Schröder : "veut-on un marché doté de quelques instruments, ou veut-on une union politique avec tout ce que cela comporte ?" , a lancé ce dernier. Pour M. Schröder, "ce qui se passe en Chine, en Inde, en Amérique du Sud, exige une réponse politique de l'Europe, pas seulement économique" .
Mais le chancelier est lui aussi dans une position difficile. Sa rivale chrétienne-démocrate, Angela Merkel, est donnée gagnante lors des élections anticipées convoquées à l'automne. Qu'adviendra-t-il alors du couple franco-allemand ? M. Blair ne s'y est pas trompé, qui, lors de sa dernière visite à Berlin, est d'abord allé voir Mme Merkel, libérale en économie et favorable à une révision de la PAC, avant de rendre visite à M. Schröder.
| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||
Commentaires