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Vendredi 24 juin 2005
Un vent mauvais souffle sur l'Elysée, contre lequel Jacques Chirac a le plus grand mal à lutter. Après le non au référendum du 29 mai, après le désastreux sommet de Bruxelles des 16 et 17 juin, où la Constitution européenne a été gelée et le budget des 25 bloqué, le président, déstabilisé, s'efforce de reprendre la main. Sans paraître certain de la voie à emprunter, alors qu'il mécontente 70 % des Français, comme l'indique le sondage IFOP-JDD, paru le 19 juin.

M. Hollande : "Un monarque finissant"
Interrogé par Le Monde , dimanche 19 juin, sur le rôle et l'affaiblissement de Jacques Chirac, François Hollande fustige "un monarque finissant" . "Il est dans une fin de règne qui s'écoule avec quelques raz-de-marée électoraux , juge le premier secrétaire du PS. Mais, sauf crise sociale majeure, que personne ne peut souhaiter, Jacques Chirac ne s'en ira pas." M. Hollande ne prête pas foi aux rumeurs qui évoquent, de façon persistante dans son parti, une dissolution. "Son seul objectif est de durer" , affirme-t-il à propos du président de la République.
Il faudra donc attendre 2007. "Les institutions de la Ve [République] permettent de tenir, elles sont extrêmement protectrices" , estime le dirigeant socialiste. Certes, de Gaulle "avait introduit un principe de responsabilité, mais Jacques Chirac ne le met pas en oeuvre malgré un référendum raté, le deuxième dans l'histoire de la Ve". Pour M. Hollande, "l'erreur serait toutefois de se focaliser" sur le chef de l'Etat, "et de l'isoler, dans la droite, de Sarkozy et de Villepin" .
 

 
Libéralisme ou altermondialisme ? Villepin ou Sarkozy ? Gros gouvernement ou équipe resserrée ? Implication personnelle ou mise aux abris ? Le président donne l'impression de ne plus rien choisir. "La dernière fois qu'il a renversé la table, c'était en 1997, avec la dissolution. Depuis, il a du mal à trancher" , constate un familier de l'Elysée.

Lundi 20 juin, le président inaugure la conférence internationale de Paris sur la microfinance, organisée par la France sur la proposition qu'il avait lancée au G8 de Sea Island (Etats-Unis), en juin 2004. Le développement du microcrédit, destiné à aider les exclus des prêts bancaires à monter des projets économiques, était aussi l'une des initiatives annoncées lors de ses voeux, en janvier.

Et c'est l'une des réponses ­ modeste mais efficace ­ au libéralisme débridé que Jacques Chirac affirme vouloir contrer. Dans la même veine, il décorait, le 14 juin, le Père Francisco Van der Hoff, fondateur du commerce équitable, en notant l'engouement naissant des consommateurs pour cette forme d'économie éthique.

Mais, pour l'économie du pays, il s'en remet à une méthode indéfinie. "Le seul critère, c'est l'efficacité" , a-t-il dit le 31 mai, en annonçant, de façon inédite, la nomination de son premier ministre, Dominique de Villepin, et celle de Nicolas Sarkozy, quasi intronisé premier ministre bis.

Ce que ses proches craignaient est arrivé : "s'il perd le référendum, d'une certaine manière, il abandonnera. Il laissera Villepin et Sarkozy s'entretuer parce que cela ne le concernera plus" , disait l'un d'entre eux avant le 29 mai. Un autre ajoutait : "Il lui restera l'international. Encore que son influence sera très amoindrie si le non l'emporte." Dans leurs pires cauchemars, ses amis ne pouvaient sans doute imaginer la débâcle du sommet de Bruxelles.

Il y figure nettement dans le club des perdants. Ses soutiens ? Jean-Claude Juncker, le premier ministre luxembourgeois et président sortant de l'Union, qui commence à regretter d'avoir recours au référendum dans son pays. Et Gerhard Schröder, en mauvaise posture pour les élections anticipées de l'automne, face à sa rivale de la CDU, Angela Merkel. Même le président du gouvernement espagnol, José Luis Zapatero, avec qui il entretenait les meilleures relations, lui a fait défaut, se rangeant à Bruxelles aux côtés de Tony Blair, des Hollandais, des Suédois et des Finlandais.

A l'intérieur, le chef de l'Etat n'a pas plus maîtrisé la composition du gouvernement. Dominique de Villepin a tranché au sabre ­ 17 sortants ­ et le président l'a laissé faire. Bien sûr, M. Chirac a téléphoné à quelques bannis, se disant consterné par leur départ. Bien sûr, il a tout fait pour en recaser certains, proposant ainsi à Michel Barnier un poste au Conseil d'Etat, que ce dernier a refusé. Ou encore à Xavier Darcos un poste d'ambassadeur auprès de l'OCDE, accepté.

Les exclus du Villepin I se sont téléphoné, ont déjeuné ensemble, et ont remâché leur amertume. Etre viré pour faire un gouvernement aussi peu imaginatif, ont-ils maugréé... Le fidèle chiraquien Frédéric de Saint-Sernin ne répond plus au téléphone. Restera-t-il conseiller à l'Elysée, dont il fut longtemps le "M. sondages" ? Il n'en sait rien et ne veut pas en parler. C'est au nouveau premier ministre que les sortants en veulent, pas tellement au président : ce dernier leur paraît, au fond, plutôt dépassé par les événements...

A l'Elysée même, les opinions s'affrontent sur la conduite à tenir, comme pendant la campagne. Que ce soit sur le code du travail, dont certains prônent la réforme, ou sur les interventions du président. Nul ne sait ce que veut le chef de l'Etat et la préparation du 14 Juillet s'annonce difficile.

SAUVÉ PAR LES J.O. ?

Le seul événement qui pourrait redonner un élan collectif au pays, et sauver cette intervention rituelle du président de la République, serait d'obtenir les Jeux olympiques pour Paris, le 6 juillet, à Singapour. Certains chiraquiens, et même le socialiste Bertrand Delanoë, s'appuyant sur le crédit dont bénéficie encore M. Chirac auprès du Comité international olympique (CIO), l'exhortent depuis des semaines à venir présenter lui-même la candidature de Paris à Singapour. Après tout, M. Blair ne viendra-t-il pas y faire son lobbying pour Londres, à l'avant-veille de la décision ?

M. Chirac n'arrive pas à se décider. "Ce n'est pas tranché" , lâche Claude Chirac. Le calendrier est délicat, il est vrai, puisque le G8 commence le jour des présentations de candidature. Mais il y a autre chose : comment ne pas être associé à Guy Drut, l'ancien ministre chiraquien, membre du CIO, qui s'est distingué au procès des marchés d'Ile-de-France, en disant "améliorer -son- ordinaire" avec un emploi auquel il a peiné à donner une vraie consistance. Les chiraquiens en ont été fous de rage. D'autant que les Britanniques, trop contents, ne se privent pas de porter le fer dans cette plaie. Toutefois, en différant encore sa décision, le président accrédite l'idée que la perspective d'un nouvel échec personnel, si la candidature de Paris était rejetée, le paralyse.

Béatrice Gurrey
Article paru dans l'édition du 21.06.05
Par Thierry SEVEYRAT - Publié dans : appel.du.18.juin-chirac.demission
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