
'aigle était un pigeon. Dominique de Villepin promettait, canons et tambours, de redonner confiance
"en cent jours ". Premier ministre, il a prononcé à l'Assemblée une déclaration de politique générale à la hauteur d'un technocrate du ministère des affaires sociales. Puis, la seule vraie mesure de son plan de lutte contre le chômage, le contrat dit "nouvelle embauche", a perdu cette semaine tout son caractère innovant à l'issue des pressions syndicales. Le plan est vidé.
L'histoire dira pourquoi celui qui se voyait à Matignon depuis si longtemps, qui a été prévenu de longue date par Jacques Chirac de s'y préparer, est arrivé sans plan de campagne, sans vision, a hésité quatre jours entre les lignes contradictoires de MM. Breton et Borloo, pour se faire finalement rôtir et manger par les syndicats les quatre jours suivants.
ÉCRIT D'AVANCE
En vérité, l'histoire ne dira rien. Il est à parier que cette médiocre période de fin du règne chiraquien n'intéressera que peu d'historiens. Tout est écrit d'avance : un an à attendre le début de la campagne présidentielle, un an de campagne. Puis le changement de président.
Exagération ? Prenez les événements des derniers jours. Tout indique une nette accélération de la dégradation du pays et l'on ne parle pas ici de la perte d'influence de la France sur la scène européenne et des victoires que remporte Tony Blair et qu'il va remporter pendant ses "deux cents jours" à lui de présidence de l'Union.
Vendredi 17 juin, l'Insee indique que la France détruit des emplois au lieu d'en créer : 6 000 postes nets ont disparu au premier trimestre. Le deuxième trimestre s'annonce tout aussi mauvais. Au deuxième semestre, le résultat serait positif mais presque uniquement grâce aux aides de l'Etat. La France de l'emploi est la France des fonctionnaires et des subventions.
Lundi 20, la commission des comptes de la Sécurité sociale fait savoir que le déficit se creuse. Il devrait atteindre cette année 11,4 milliards d'euros au lieu des 10,2 milliards prévus. Le trou serait donc équivalent à celui de l'an passé. Le plan de l'ex-ministre de la santé Douste-Blazy n'est d'aucun effet.
DETTE EXPLOSIVE
Le même jour, le ministère des finances publie le chiffre de la balance des transactions courantes du pays : le déficit a plongé à 3,3 milliards d'euros en avril. Quatrième mois dans le rouge. Cette statistique témoigne de la dégradation des positions commerciales françaises depuis 2000. Faute de s'être replacée sectoriellement vers le haut de gamme et géographiquement vers l'Asie et l'Amérique, la France a perdu 0,5 point de parts du marché mondial, soit 10 % de ses positions qui ont reculé de 5,3 % en 2000 à 4,8 % en 2004, selon l'OCDE.
Mardi 21, le ministère du budget publie une analyse qui souligne que "les régions ont fortement accru leur pression fiscale directe" pour financer des dépenses en hausse de 13,1 % cette année. Cette explosion "ne s'explique pas par des transferts de compétence de Paris aux régions" , précise le ministère, qui déplore ces impôts en plus et appelle à "une modération des dépenses locales" .
Le même jour, le gouverneur de la Banque de France dénonce "la dynamique explosive de la dette publique" , passée de 56,2 % du PIB en 2001 à 64,7 % en 2004. Il souligne, par ailleurs, dans sa lettre au président de la République, que l'investissement des entreprises a stagné depuis quatre ans.
SOUS LA MOYENNE
Mercredi 22, l'Insee révise à la baisse ses prévisions de croissance pour cette année. Elle ne serait que de 1,5 %, très en deçà de l'espoir de 2 % du gouvernement. Le premier semestre marque " un ralentissement précipité" . Même si le second est un peu meilleur, ce chiffre indique que la France a cessé d'être au-dessus de la moyenne européenne comme elle l'a été ces huit dernières années. Elle est descendue au-dessous. L'Insee pronostique qu'en conséquence, et malgré les dispositifs du gouvernement, le taux de chômage finirait l'année à 9,8 % contre 10 % l'an passé. Le mercredi précédent, le ministre "de la cohésion sociale" avait promis une baisse "significative" cette année.
Jeudi 23, le ministre des finances présente "un diagnostic de la situation de l'économie française" . Il écrit que le pays "vit au-dessus de ses moyens" et qu'il faut "plus de croissance" pour financer le modèle social français. "Un diagnostic bien vu, commente Eric Chaney, chef économiste de Morgan Stanley, mais le ministre ne propose que de toutes petites réformes ."
Vendredi 24, le journal Les Echos indique que M. de Villepin " renonce à amplifier la baisse du nombre de fonctionnaires" en 2006, comme promis par son prédécesseur.
DOUBLE ÉCHEC
Reprenons : emplois et chômage, croissance et compétitivité, déficits et budgets, les indicateurs de la France vont dramatiquement dans le mauvais sens. Mais, pourtant, il ne se passera rien. Le déshabillage du plan pour l'emploi et les premières indications budgétaires montrent que le gouvernement Villepin craint les syndicats. Mais il n'ose pas, non plus, sortir des contraintes maastrichtiennes. Ni droite ni gauche, une telle voie étroite, dans le contexte d'une croissance très faible, est impraticable, sauf à signifier pseudo-réformes et pseudo-rigueur, bref, faux-semblants. Et, en conséquence, rien n'est fait sur les causes structurelles de la dégradation économique profonde et rien n'est fait non plus pour stopper les déficits. Double échec.
Après deux ans d'un tel immobilisme, où en sera la France ? Notre part du marché mondial sera descendue à 4 %, selon l'économiste Laure Maillard, d'Ixis. Le solde courant structurellement négatif du commerce extérieur abaissera la croissance. Le déficit public restera autour de la zone de 3 %, niveau qui continue d'aggraver la dette. La croissance "potentielle" du pays aura encore perdu de ses forces pour retomber autour de 1,4 %. Le chômage structurel (de long terme donc très difficile à attaquer) sera, en conséquence, remonté à 9,2 %.
Le nouveau président héritera, en mai 2007, de cette catastrophe.
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