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Mercredi 20 juillet 2005

Le roi est nu

LE MONDE | 13.07.05 | 14h08  •  Mis à jour le 13.07.05 | 14h08

Le rite instauré par François Mitterrand sera respecté. Pour la onzième fois depuis sa première élection, en 1995, Jacques Chirac va sacrifier à l'usage de l'entretien télévisé que Nicolas Sarkozy semble juger dépassé. Au plus bas dans les sondages, sonné par une accumulation de revers en six semaines ­ la victoire du non au référendum du 29 mai, une défaite en rase campagne face à Tony Blair au sommet européen des 16 et 17 juin à Bruxelles, enfin des Jeux olympiques qui échappent à Paris au profit de Londres­, M. Chirac peine à trouver la recette qui lui éviterait de connaître une fin de règne calamiteuse.

Le président de la République est aussi mal en point que des institutions, de plus en plus grippées, dont il est le gardien. Il incarne à lui seul un paradoxe. La réforme de 2000, qui lui avait été imposée par Lionel Jospin et Valéry Giscard d'Estaing, ramenant de sept à cinq ans la durée du mandat présidentiel, a instauré un quinquennat sec. Elle n'a été accompagnée d'aucune redéfinition des rôles du président de la République et du premier ministre.

L'inversion du calendrier, plaçant, là encore à l'initiative de M. Jospin, l'élection présidentielle avant les élections législatives, a encore accentué la présidentialisation de la Ve République. Le chef de l'Etat s'appuie sur une majorité présidentielle, et le premier ministre, loin de déterminer et conduire la politique du pays, comme le lui assigne la Constitution, est réduit au rôle de super intendant ou, pis, de factotum.

Irresponsable politiquement, M. Chirac concentre un arsenal impressionnant de pouvoirs : chef de l'Etat, chef de l'exécutif et du gouvernement, chef de la majorité, chef des armées, gardien de l'indépendance de la justice, vis-à-vis de laquelle il s'est mis soigneusement à l'abri afin de ne pas avoir à lui rendre des comptes.

M. Chirac a revêtu peu à peu les habits du monarque républicain mais, dans les faits, en enchaînant les revers, il s'est dépouillé des attributs de l'autorité. Le roi est nu. Le grippage des institutions s'est accentué depuis la nomination de Dominique de Villepin à Matignon. M. Chirac a choisi un fidèle, mais celui-ci ne se voit pas, comme l'était devenu Jean-Pierre Raffarin, en simple directeur de cabinet du président. Il n'a de cesse, compte tenu de l'affaiblissement de M. Chirac, de conquérir un espace autonome.

Plusieurs phénomènes accentuent cette crise institutionnelle. Contre ses propres principes, M. Chirac a fait du chef du parti majoritaire, qui brigue sa succession, le numéro deux de son gouvernement. Le recours aux ordonnances, choisi par M. de Villepin, a dévalorisé un peu plus encore le rôle du Parlement. Au Sénat, une atmosphère de fin de règne et de règlements de comptes marque la présidence de Christian Poncelet, réélu pour un ultime mandat en septembre 2004. Et le monarque de l'Elysée est prisonnier de son impuissance à agir. Il ressemble de plus en plus au quetzal, cet oiseau d'Amérique latine qui cesse de chanter quand il est en cage. Claude Allègre avait appliqué, en 2001, cette métaphore à... M. Jospin.

Article paru dans l'édition du 14.07.05
Par Thierry SEVEYRAT - Publié dans : appel.du.18.juin-chirac.demission
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