Je me permet de mettre en ligne cet article de Libération d'aujourd'hui, dont les titre et sous-titre sont éclairants :
Chirac, serial-loser vu de l'étranger.![]()
Depuis le 29 mai, le Président fait l'objet de toutes les attaques. Son départ est même souhaité.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=304417
l est l'homme malade de l'Europe. Un leader isolé, affaibli depuis la victoire du non le 29 mai et dont l'affaiblissement entraîne celui de l'Union. Et, tout d'abord, celle d'un couple franco-allemand qui en fut le moteur pendant un demi-siècle. Bien sûr, les diverses «exceptions françaises» suscitent aussi leur volée de bois vert, mais c'est d'abord Jacques Chirac, Européen de conviction tardive, qui en prend pour son grade chez les membres de l'UE.
«Un poids», «un perdant»
«Chirac n'a pas suivi l'exemple du grand Charles de Gaulle, qui, après avoir perdu son référendum, avait démissionné dans la même nuit, écrivait dans son éditorial le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung au lendemain de la déroute du référendum sur le traité constitutionnel. Et pourtant Chirac n'a jamais été aussi mal en point [...] Il y a beaucoup de perdants, mais le père de la défaite, le perdant de tous les perdants, c'est Jacques Chirac lui-même.» Trois jours plus tard, le très sérieux Financial Times Deutschland titrait «Bonjour tristesse : Chirac est devenu un poids pour l'Union européenne».
La presse italienne n'est guère plus tendre. «Le politicien qui a jeté dans la balance cinquante ans d'une extraordinaire carrière politique, et tout son prestige, est aujourd'hui un mort vivant: malgré la filiation affichée, Chirac n'est pas de Gaulle, lequel, en 1969, avait abandonné l'Elysée une heure après avoir pris connaissance du référendum sur la décentralisation», accuse Il Foglio, quotidien de la droite libérale. A gauche, la Repubblica est encore plus dure, soulignant sous la plume de l'un de ses grands éditorialistes que «l'échec chiraquien au référendum a provoqué une double crise en France et en Europe».
Alors que le climat s'envenime entre Londres et Paris sur le budget européen, les quotidiens britanniques sont encore plus assassins, notamment les tabloïds comme le Daily Mail, où Simon Heffer ferraille déjà depuis longtemps contre «Jacques l'escroc», l'accusant de lancer la bataille sur le chèque britannique comme diversion pour faire oublier les charges de corruption pesant contre lui.
Pour autant, la presse «de qualité» n'est guère plus tendre. Le Soir de Bruxelles résume : «Jacques Chirac sort carbonisé de l'échec du référendum. Non seulement le chef de l'Etat perd son pari européen, mais il reçoit de surcroît en plein visage l'échec d'une décennie entière d'impuissance.»
«Un combinard», «une plaie»
Désormais, le président français fait rire à ses dépens. Et, en premier lieu, dans les couloirs de la Commission, à Bruxelles. «Il y a un contraste saisissant entre la solennité de ses propos et le grotesque de sa situation après le massif désaveu exprimé lors du référendum», ironise un haut fonctionnaire européen. «Pendant longtemps, nous avons admiré l'animal politique qui a réussi à amener son mouvement, très divisé sur l'Europe, à une position proeuropéenne. Mais, aujourd'hui, Chirac est devenu une plaie pour l'UE, estime un expert chargé de mission auprès du gouvernement allemand. Il n'a pas été capable de partir au bon moment. Par égotisme ? Ou sénilité ? L'Europe ne peut pas se permettre de perdre encore deux ans. Il doit démissionner.»
Nombre d'experts d'autres capitales européennes sont peu ou prou du même avis, et ne sont guère rassurés par le nouveau gouvernement de l'après-référendum. «Les choses s'étaient améliorées après que Michel Barnier, bon connaisseur des dossiers européens et des nouveaux membres, s'était installé au Quai d'Orsay. Mais il a été l'une des victimes du remaniement. Et nous sommes consternés par le choix de son successeur», avoue un haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères d'un des nouveaux membres d'Europe centrale. Le président du Parlement polonais, Wlodzimierz Cimoszewicz, ex-ministre des Affaires étrangères, a déclaré au quotidien Gazeta que «la France se trouve au bord d'un affaiblissement exceptionnel de sa position en Europe».
En fait, tous s'interrogent sur les raisons des échecs à répétition depuis la dissolution de 1997 jusqu'au référendum d'un politicien éprouvé qui se targue de bien sentir son pays. «J'avais dit à Chirac qu'un référendum ne répond jamais à la question qui est posée, raconte Romano Prodi, ancien président de la Commission et leader de l'opposition de centre gauche italien. Mais il était plus que sûr d'un résultat positif... Il préférait avoir une Constitution encore plus forte, renforcée par un oui français.» Gianfranco Fini, ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Berlusconi, pourfend lui aussi «cette erreur du président Chirac d'avoir voulu utiliser politiquement le référendum». Un expert et universitaire britannique, bon connaisseur de la France, remarquait, lapidaire, après la débâcle du référendum : «Comment voulez-vous qu'un type qui gère d'abord ses intérêts personnels puisse convaincre les Français ?» Beaucoup, outre-Manche, redoutent que le président français use de «ses combines habituelles». Travaillistes, libéraux démocrates et conservateurs s'accordent sur ce point, soulignant la «faiblesse chiraquienne», mais aussi l'incapacité des gouvernements français successifs à lutter efficacement contre le chômage.
Un dinosaure, «un inconstant»
Cet acharnement contre Jacques Chirac est d'autant plus fort que le contentieux est ancien. En Grande-Bretagne, déjà l'an dernier, un article du correspondant à Paris du Guardian soulignait comment Chirac usait et abusait de sa proximité avec ses concitoyens. «Comme les Français, il n'est pas toujours d'une honnêteté irréprochable», écrivait ce journaliste, rappelant que «comme les Français, il est inconstant, et ses multiples volte-face politiques lui ont paradoxalement longtemps valu la sympathie de ses électeurs.»
L'image présidentielle est encore plus mauvaise en Pologne, notamment parmi les jeunes. De même que le chancelier allemand Schröder, Chirac est perçu comme un dinosaure qui freine le développement de l'Europe en défendant des acquis sociaux démesurés et par le protectionnisme sur le marché du travail. Tous ont encore en mémoire la formule méprisante qu'il avait lancée en 2003, peu avant l'intervention américaine en Irak, approuvée par Varsovie et certains des futurs pays membres : «Vous avez perdu une bonne occasion de vous taire.» Chirac avait pourtant été l'un des plus fervents avocats de l'élargissement et de l'intégration de la Pologne dans l'UE. «Dommage que cette formule pèse encore si fort», déplore le politologue Roman Kuzniar, de l'Institut polonais des affaires publiques. «Certains hommes politiques se réjouissent de sa défaite en oubliant que c'est une défaite commune européenne.»
ne page s'est tournée pour Jacques Chirac jeudi et vendredi à Bruxelles. Arrivé ici très affaibli par le résultat du référendum en France, le chef de l'Etat n'a pas été ménagé par les autres dirigeants européens.
e conseil européen à peine achevé, Jacques Chirac et Tony Blair ont cherché, au cours de deux conférences de presse séparées, à se renvoyer la responsabilité du naufrage budgétaire. "Je déplore que le Royaume-Uni se soit refusé à apporter une part raisonnable et équitable aux dépenses de l'élargissement" , a lancé le président français. C'est l'intransigeance britannique, a ajouté M. Chirac qui a conduit "quelques autres pays à la surenchère" . Et de fustiger "l'égoïsme affiché par deux à trois pays" . Un peu plus tôt, M. Blair avait affirmé : "L'Europe n'est pas la priorité d'un seul, mais de nous tous." Il s'était moqué, dans une allusion à M. Chirac, de "ceux qui ont dit autour de la table que la politique agricole était une politique moderne" .
n vent mauvais souffle sur l'Elysée, contre lequel Jacques Chirac a le plus grand mal à lutter. Après le non au référendum du 29 mai, après le désastreux sommet de Bruxelles des 16 et 17 juin, où la Constitution européenne a été gelée et le budget des 25 bloqué, le président, déstabilisé, s'efforce de reprendre la main. Sans paraître certain de la voie à emprunter, alors qu'il mécontente 70 % des Français, comme l'indique le sondage IFOP-JDD, paru le 19 juin.
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